victimes attentat


(Jeudi 14 octobre 2004)

Schroeder en Libye pour s'assurer un partenariat politique et économique


Le chancelier allemand Gerhard Schroeder rencontre vendredi en Libye son dirigeant Mouammar Kadhafi, redevenu fréquentable après avoir renoncé à soutenir le terrorisme, dans l'espoir de promesses d'une coopération de Tripoli dans la lutte contre ce fléau et de juteux contrats.
Cette première visite d'un chancelier allemand n'a pu intervenir qu'après l'accord signé début septembre par la Fondation Kadhafi pour dédommager les victimes de l'attentat contre une discothèque berlinoise, attribué aux services libyens à Berlin. L'explosion en 1986 à la discothèque La Belle, fréquentée par des soldats américains, avait fait trois morts et 260 blessés, et gelé les relations politiques entre les deux pays.

En venant à Tripoli, M. Schroeder marche sur les traces des numéros uns britannique, italien, espagnol, et devrait être suivi par le président Jacques Chirac d'ici la fin de l'année.

»Nous assistons à un développement très positif que nous ne pouvons qu'encourager. L'Allemagne veut contribuer à ce que le développement positif» engagé à Tripoli »soit durable», et à »rendre le tournant de la Libye irréversible», a-t-on souligné à Berlin de sources gouvernementales, en relevant qu'il ne revenait pas à l'Allemagne d'analyser les causes du revirement libyen.

Cette visite »est une contribution allemande à la stabilisation du Grand Moyen Orient» et doit servir »à éviter à tout prix le choc des civilisations».

Le chancelier s'efforcera, dans deux entretiens prévus avec le colonel Kadhafi, d'»impliquer» encore davantage la Libye dans le travail des instances intenationales qui luttent contre le terrorisme, a-t-on ajouté.

Berlin veut aussi amener la Libye à s'intégrer au »processus de Barcelone», ou partenariat euro-méditerranéen, lancé en 1995, dont la Libye est seulement observatrice depuis 1999.

L'Allemagne souligne aussi le rôle de Kadhafi en faveur de l'Union africaine. Dans ce contexte aussi, la réforme de l'Onu et notamment du conseil de sécurité sera évoquée. La Libye est avec le Nigeria, l'Afrique du Sud et l'Egypte, l'un des quatre candidats africains à un siège permanent au conseil. On refusait de se prononcer à Berlin sur ces candidatures, mais on relevait parallèlement l'appui libyen à la candidature allemande.

A Berlin, on observe que normalisations politique et économique vont de pair et qu'un »intérêt énorme» des milieux économiques allemands a accompagné les préparatifs, 80 de leurs représentants ayant demandé à participer au voyage.

Seulement 25 patrons, représentant les plus grands groupes allemands (Siemens, Lufthansa, Bilfinger Berger, etc) seront de la partie, pour négocier sur le développement des capacités d'exploitation de gaz et de pétrole, la modernisation de raffineries ou la construction d'infrastructures.

Les échanges et investissements allemands en Libye sont déjà intenses. La Libye est le 4e fournisseur de pétrole de l'Allemagne (11% des importations allemandes), qui a avec elle un volume total d'échanges de 2,3 milliards d'euros.

Les droits de l'Homme seront également évoqués, notamment la condamnation à mort de cinq infirmières bulgares accusées d'avoir provoqué une épidémie de sida dans un hôpital pédiatrique, selon une source gouvernementale allemande. Leur cause »tient très à coeur» au chancelier, qui a déjà plaidé en leur faveur lors d'une conversation téléphonique avec Kadhafi, indique-t-on de même source.

La proposition des ministres de l'Intérieur allemand et italien Giuseppe Pisanu et Otto Schily, sur la création de »guichets européens de l'immigration» en Afrique du Nord, notamment sur la côte libyenne longue de 2.000 km, ne devrait pas être un sujet majeur des entretiens, Berlin estimant que rien n'est décidé au sein de l'UE.

M. Schroeder quittera vendredi soir Tripoli pour Alger, pour une visite d'une journée consacrée aussi à la coopération contre le terrorisme et l'intensification des rapports économiques.

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