victimes attentat

(Mardi 19 août 2003, 13h06)

DC-10 d'UTA: divergences de stratégies à adopter face à Tripoli

PARIS (Reuters) - La division des familles des victimes de l'attentat contre un DC-10 d'UTA en 1989, où 170 personnes avaient péri, s'est accrue mardi après le dépôt par le Royaume-Uni à l'Onu d'un projet de résolution sur la levée des sanctions contre la Libye.

L'association SOS-Attentats, qui représente en justice les familles des victimes, demande à la France d'opposer son veto au projet mais un autre groupe de parents de victimes n'est pas du même avis et entend poursuivre ses discussions avec le fils du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi.

Cet imbroglio pourrait compromettre la levée des sanctions onusiennes contre Tripoli, proposée par Londres après la reconnaissance par la Libye de sa responsabilité dans l'attentat de Lockerbie - 270 morts en décembre 1988 - et sa promesse de verser 2,7 milliards de dollars de réparations aux victimes.

"Avant tout vote à l'Onu, je demande à ce que l'Etat français négocie une reconnaissance de responsabilité par la Libye et le versement d'indemnités complémentaires. Par ailleurs, les six Libyens condamnés à Paris en 1999 doivent purger leur peine", a dit mardi à Reuters Françoise Rudetzki, présidente de SOS-Attentats.

"Les sommes font tourner la tête. Mais si on veut lutter contre le terrorisme, il ne suffit pas d'accepter de l'argent, c'est contraire à toute justice", a-t-elle ajouté.Guillaume Denoix de Saint Marc, dont le père est mort dans le DC-10 d'UTA, a confirmé à Reuters qu'il poursuivait des négociations avec Saïf al-Islam, fils de Mouammar Kadhafi et président d'une fondation humanitaire privée, afin d'obtenir des indemnisations supplémentaires.

"UNE QUESTION DE SYMBOLE ET D'HONNEUR"

Guillaume Denoix de Saint Marc, qui a quitté l'association SOS-Attentats, dit représenter toute les familles et a expliqué qu'il considérait que la Libye avait déjà reconnu sa responsabilité, même de manière "elliptique", dans les documents accompagnant en 1999 le versement de premières indemnités aux victimes.

Il dit aujourd'hui vouloir obtenir une "solution honnête et honorable". "Ce n'est pas une question d'argent mais de symbole et d'honneur", affirme-t-il, tout en expliquant que les dix millions de dollars que la Libye s'est engagée à verser pour chaque victime de Lockerbie constituaient une "référence".

Dans le dossier français, 313 des quelque 1.000 parents des victimes ont perçu entre 3.000 et 30.000 euros de la Libye en 1999, mais certains ont refusé cet argent."Il faut qu'on évite d'être dans une situation où on dira qu'on nous a achetés", explique Guillaume Denoix de Saint Marc.

L'Etat libyen a expliqué officiellement qu'il ne reviendrait pas sur l'affaire du DC-10 et pourrait donc utiliser la fondation de Saïf al-Islam pour un règlement financier "officieux" du dossier, déplore SOS-Attentats.

Le ministère français des Affaires étrangères n'a pas tranché entre les deux camps.Françoise Rudetzki a été reçue au Quai d'Orsay où on lui a promis un règlement "équitable" de l'affaire mais Dominique de Villepin n'a pas désavoué les négociations financières de Guillaume Denoix de Saint-Marc.

Le 19 septembre 1989, une bombe placée dans une valise avait explosé dans le DC-10 qui survolait le désert du Ténéré, au Niger. Les 170 passagers et membres d'équipage, dont 57 Français, avaient été tués.

En mars 1999, la cour d'assises spéciale de Paris a condamné à la réclusion à perpétuité six Libyens pour ce crime, dont Abdallah Senoussi, beau-frère de Mouammar Kadhafi. Les six hommes se trouveraient en Libye qui refuse de les livrer, à la différence d'Abdel Basset al-Megrahi, extradé et condamné en 2001 pour l'attentat de Lockerbie.

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